Le marketing du médicament dénoncé par les associations
Aujourd’hui, de plus en plus de médicaments dont l’usage et la composition sont identiques sont commercialisés par les grandes sociétés pharmaceutiques sous des noms différents. Dolitabs, Expadox, Geluprane… autant de noms pour désigner le médicament dont le composant principal actif est le paracétamol. De même, 70 versions de l’ibuprofène sont aujourd’hui commercialisées, les divergences portant seulement sur l’emballage et le prix ! A ce phénomène déjà existant viennent s’ajouter les nouveaux noms des génériques ; impossible de s’y retrouver ! Au milieu de cette jungle, deux menaces majeures pour le patient : le surdosage et l’interaction médicamenteuse. En effet, le risque est élevé de prendre deux fois la même substance, ou deux substances incompatibles sans le savoir, ce qui peut avoir des effets néfastes, voire dangereux sur la santé du patient.
C’est dans le but de faire disparaitre à long terme ce risque qu’ont réagi fin 2005 le collectif Europe et Médicament, la revue médicale indépendante Prescrire, l’UFC-Que Choisir et la Mutualité française. Ainsi a été lancée une campagne pour imposer le « vrai » nom des médicaments : la DCI pour « Dénomination Commune Internationale ». Ce terme a été créé dans les années 50 par l’Organisation Mondiale de la Santé. Son utilisation devait permettre, par l’usage de codes précis à partir du véritable nom des molécules, de reconnaitre les substances d’un même groupe pharmacologique. Or constat est fait que la DCI est absente des emballages des médicaments actuels. Les 1700 substances existantes sont déclinées sous 8000 noms de marques différentes. Bien que le Code de la Santé Publique exige que le nom de la molécule figure sur les boîtes, il est bien trop souvent peu visible par rapport au nom de la marque commerciale.
Tout en sachant qu’il sera difficile d’imposer la DCI, cette campagne espère faire prendre conscience aux patients et à l’ensemble du corps médical de son intérêt. En effet, au jour d’aujourd’hui quasiment toutes les ordonnances sont faites à partir des noms commerciaux (il faut dire que le dictionnaire «Vidal» des médecins et l’enseignement même de la médecine sont conçus de la sorte) et d’après Alain Bazot, président de l’UFC-Que Choisir, « tous les professionnels de la santé ne connaissent pas la composition de tous les médicaments qu’ils utilisent ». De plus, les industries pharmaceutiques dépensent aujourd’hui 15% de leur chiffre d’affaire pour le secteur marketing, et ça marche, les patients sont influencés par la promotion des médicaments.
Après plusieurs scandales touchant de grandes marques pharmaceutiques (comme l’affaire du Vioxx, commercialisé par le laboratoire Merck et retiré du marché en 2004) on peut espérer que les industries adoptent petit à petit la DCI sur leurs emballages, ainsi que les médecins dans leurs prescriptions (comme c’est déjà le cas dans d’autres pays comme les Etats-Unis, le Royaume-Uni, les Pays-Bas ou la Suède). La campagne DCI compte également beaucoup sur une prise de conscience de la part des patients sur leur consommation de médicaments.
Source : http://www.novethic.fr/