L’automédication

Publié le par Louise Ricard

Pour la Science n°378, Avril 2009, nous propose un entretien avec Claude Dreux, membre de l’Académie de médecine et de l’Académie de Pharmacie et président de CESPHARM (Comité d’éducation sanitaire et sociale de la pharmacie française).

A l’heure actuelle, nous n’allons plus chez le médecin pour un rhume ou un simple mal de ventre. Nous nous soignons nous même, en utilisant des médicaments sans prescription : nous faisons de l’automédication. Or, l’automédication peut poser problème, elle comporte quelques limites au-delà desquelles nous nous mettons en danger.

Environ 200 médicaments, correspondant pour la majorité aux soins de pathologies bénignes, sont libres d’accès.

Il est recommandé de ne pas acheter les médicaments sur internet puisque 50% de ceux-ci sont des contrefaçons (produits mal dosés ou contenant des particules toxiques, une date limite d’utilisation dépassée, …).

L’automédication peut être dangereuse si elle est effectuée sans les conseils d’un professionnel de la santé. En effet, certaines interactions médicamenteuses peuvent avoir des conséquences catastrophiques. De plus, avec l’âge, le patient mettra plus de temps à éliminer les produits absorbés. Il y a un risque non négligeable de surdosage.

Pour éviter tout cela, il faut tout d’abord demander conseil à son pharmacien. De plus, un nouvel outil professionnel, financé par l’Ordre des pharmaciens, a été mis en place : le dossier pharmaceutique. Ce dernier est une base de données où tous les médicaments pris par le patient sont notés, qu’ils aient été prescrits ou pas. La CNIL (Commission nationale de l’informatique et des libertés) vient d’accorder l’extension du programme sur toute la France. Cet outil permettra au pharmacien de mieux orienter le patient afin d’éviter toutes interactions médicamenteuses ou surdosages.
Une automédication contrôlée par le pharmacien est nommée médication officinale.

Bien sûr, toute personne doit lire la notice du médicament afin d’éviter les interférences et de savoir qu’elle est la dose maximale autorisée.

Un exemple frappant, l’aspirine. Si un laboratoire présentait cette molécule aujourd’hui, sa mise sur le marché serait tout simplement refusée. En effet, son efficacité a beau être la meilleure, l’aspirine entraîne beaucoup trop d’effets secondaires et interfère avec tous les anti-inflammatoires et anticoagulants ! C’est pour cela qu’il faut faire attention lors de l’utilisation de tout médicament.

Les principales substances utilisées en automédication sont classées en six catégories :

-       Les médicaments contre la douleur (aspirine, paracétamol, ibuprofène)

-       Les médicaments soignant les troubles oto-rhino-laryngologiques (rhumes, maux de gorge, …)

-       Les médicaments soignant les maladies cutanées (allergies, herpès)

-       Les médicaments contre la fatigue

-       Les médicaments contre les troubles gastro-intestinaux (les reflux acides de l’estomac)

-       Les produits luttant contre l’addiction au tabac.

60% des personnes sont favorables à l’automédication, dont 84% demandent conseil à leur pharmacien.

Les pharmaciens jouent un rôle important dans la prévention et l’éducation pour la santé. Ils commencent à être considérés comme première ligne de protection de la santé par le Ministère de la Santé.

Bientôt, les pharmaciens pourront renouveler les ordonnances des patients atteints de maladies chroniques (par exemple, le diabète) avec l’autorisation du médecin et l’utilisation du dossier pharmaceutique.

Le CESPHARM est en train d’élaborer une fiche rassemblant les sept règles d’or sur l’automédication à la maison.

L’automédication est un phénomène irréversible. Une augmentation de 2,5% a été observée entre 2007 et 2009. Par contre, la France est résolument contre la vente de médicaments en grande surface. La loi prévoit que l’achat de médicaments se fasse toujours auprès de professionnels de la santé.

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